Une plume et des pages
Petites chroniques sans prétention d'un passionné de lecture qui veut faire découvrir ses coups de coeur



Inio Asano, une autre vision du manga


Mangaka

Par maxime le 27 juin 2021


Inio Asano est un mangaka comme on en voit peu. Peu connu mais adulé par ses lecteurs, cet auteur se sert du manga comme outil de communication pour décrire le malaise d'une jeunesse désabusée et paumée.

Inio Asano est né le 22 septembre 1980 à Ishioka, dans la préfecture d'Ibaraki. Après avoir obtenu son diplôme à l'université de Tamagawa, il décide d'entrer dans le monde du manga. Il commence en tant qu'assistant de Shin Takahashi, l'auteur de Larmes Ultimes.
Peu de temps avant, alors âgé de 17 ans, il présente des planches à la rédaction du magazine Big Comic Spirits et celles-ci retiennent l'attention de la rédaction. Après cette entrée remarquée, il présente une nouvelle intitulé Futsu no hi (Un jour ordinaire), récit plein d'humour qui confirmera ses débuts prometteurs. En 2001, il participe et remporte le prix des jeunes auteurs de Sunday GX avec la nouvelle Uchû kara konnichiwa (Bonjour de l'espace). Grâce à ce succès, il publie l'année suivante dans ce magazine un manga ayant pour titre Subarashii Sekai (Un monde formidable). Ce manga en deux tomes regroupe des histoires courtes dans lesquelles on suit des personnages pendant un court moment de leurs vies.
En 2004, il publie Hikari no machi (Le quartier de la lumière), one-shot dans le même registre que Subarashii Sekai. La confirmation d'un talent Entre 2004 et 2005, il publie dans le Young Sunday un nouveau manga, Solanin. Véritable succès critique, Solanin lui permet de toucher un plus large public. Ce manga raconte la vie d'un groupe d'amis entrant dans la vie active et cherchant leur place dans une société en plein doute. Solanin fut adapté en film en 2010.
Puis il publiera Nijigahara Holograph (Le champ de l'arc en ciel), manga psychologique très sombre et complexe. En 2006, il commence un nouveau titre, Sekai no owari to Yoakemae (La fin du monde avant le lever du jour). Asano revient à ses premiers travaux avec des histoires courtes ayant pour thème le quotidien de différents personnages de différentes générations. L'affirmation d'un auteur hors norme Puis en 2OO7, il commence la publication d'une série qui durera six ans et comptera 13 volumes : Oyasumi Punpun (Bonne nuit Punpun). Ce manga raconte la vie d'un enfant durant ces jeunes années jusqu'à son passage à l'âge adulte. Véritable chronique sociale, Asano aborde dans ce manga différents thèmes : un environnement familial difficile, une jeunesse sans repère, des adultes contre-modèles dépassés par l’existence, le chômage, l'amour, la religion,... Oyasumi Punpun est une oeuvre réaliste, sombre et immorale mais criant de vérité. L'auteur met les personnages face à des choix et leurs conséquences tout en subissant les aléas de la vie.
En 2009 est publié Umibe no onna no ko (La fille de la plage). Ce manga raconte les histoires d'amour et de sexe entres deux jeunes adolescents en mal de vivre. La série prend fin en 2013 et compte deux volumes. En 2014, Asano se lance de nouveau dans une série longue avec Dead Dead Demon's Dededededestruction. Toujours en cours de publication au Japon, ce manga prend place dans un Tokyo survolé par un vaisseau extraterrestre. L'auteur y aborde toujours ses thèmes de prédilection : un environnement familial compliqué, les études et la compétition qui l'accompagne et qui détermine notre avenir, une jeunesse vivant un quotidien banal dans une société qu'ils ne comprennent pas, un monde cyber-connecté et qui pourtant n'arrive pas à communiquer. Mais comme toujours avec Asano, derrière ce manga se cache un message, à savoir une allégorie de la société japonaise post Fukushima. En effet, de nombreux parallèles existent entre la réalité et la fiction : une catastrophe, un gouvernement dépassé et cachant la vérité, un quotidien qui continu malgré tout,... Dead Dead Demon's Dededededestruction est une oeuvre à part, portrait de notre société et de notre époque, et prouve que le manga n'est pas qu'un outil de divertissement. En mars 2017, en parallèle de cette série, Inio Asano commence un nouveau projet dans le magazine Big Comic Superior de Shôgakukan : Reiraku. Ce manga relate le quotidien et les tourments d'un mangaka à la dérive.
En 2018, l'auteur commence un nouveau manga publié sur le Dôma Manga Desu, le site de manga en ligne appartenant à la chaîne NHK. Le premier chapitre propose de suivre le quotidien de Shûhei Wakatsuki, un jeune homme qui décide de passer le nouvel an chez ses parents en compagnie de sa copine et de l’enfant de cette dernière.

Porte parole d'une génération comme on peut le voir à la lecture de ses oeuvres, Inio Asano se sert du manga pour faire le portrait de notre société moderne et des gens qui la composent. Depuis ses débuts, il ne cesse d'exprimer les doutes, les rêves, les angoisses d'une génération de jeunes japonais dans une société qu'ils ne comprennent pas. L'auteur se sert de ses personnages qui sont dans ce fameux passage de l'enfance à l'âge adulte pour exprimer les doutes et les angoisses d'une génération paumée qui se demande si le chemin emprunté est le bon ou si faire arrière et prendre une autre voie n'est pas une meilleure solution, le tout ancré dans un quotidien banal et dans une société malade et qui n'a aucun sens à leurs yeux. Certes, le public visé est japonais mais les thèmes abordés sont universels. Asano propose de suivre de nombreux personnages et autant d'histoires parmi lesquelles au moins l'une d'entre elles fera inévitablement écho avec nos propres expériences. Moi, par exemple, je me suis reconnu en lisant Solanin. En parlant d'identification et d'immersion, comment ne pas évoquer les décors ultra réalistes dans lesquels évoluent les personnages. Réalisé à partir de photos de lieux réels, l'auteur les retouche numériquement et au feutre afin de les adapter à son histoire. Chacune de ses œuvres à un décor précis : Tokyo pour Solanin, Le quartier de la lumière et Dead Dead Demon's Dededededestruction, le Japon pour Bonne nuit Punpun, une ville portuaire pour La fille de la plage. Je peux vous assurer qu'en lisant les mangas d'Asano, vous avez une vision très réaliste du Japon. Pour preuve, lors de mon premier voyage à Tokyo, je me suis senti en endroit connu tellement j'avais lu et relu ses œuvres et scruté chaque détail. Tout cela joue un rôle sur le côté réaliste des histoires et on ne serait pas étonné de croiser un personnage de ses récits au coin de la rue. Si les mangas d'Inio Asano font tellement écho aux lecteurs, c'est parce que l'auteur parle de ses angoisses et ses doutes à "sa génération". Une génération à laquelle il appartient malgré son statut de mangaka. Asano reste un adulte qui a connu le passage à l'âge adulte et les doutes qui vont avec. Je pense qu'avant tout, Inio Asano se sert du manga pour exprimer son vécu et ses angoisses dans une société malade qui ne cesse d'évoluer sans réel objectif. Si il y avait un message à ressortir des œuvres d'Asano, ça serait qu'il faut accepter l'idée de grandir, de faire face à la vie, au quotidien et aux problèmes l'accompagnent tout en poursuivant notre quête vers le bonheur. Un bonheur propre à chacun et souvent éphémère.
Si son travail vous intéresse, voici une vidéo réalisée par le mankaga Naoki Urasawa dans laquelle il vient à la rencontre d'Inio Asano. De plus, voici une interview réalisée par le site 9art.fr dans laquelle Asano parle de son travail et de sa carrière :
http://www.9emeart.fr/post/interview/manga/inio-asano-bonne-nuit-punpun-dead-dead-demon-dedededestruction-l-interview-6430

Inio Asano est un mangaka de génie mais son travail ne s'arrête pas là. En effet, il a réalisé de nombreux dessins pour quelques publicités. Il a aussi assuré le character design de la série animée The perfect insider et des fan-arts de la série Splatoon et Pokémon pour la couverture de SWITCH.

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